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Congrès international sur les cicatrices chéloïdes - New York 2016

Congrès international sur les cicatrices chéloïdes - New York 2016

Les cicatrices chéloïdes sont un problème récurrent très difficile à soigner. Cette maladie a fait l’objet d’un premier congrès international qui a réuni les plus grands spécialistes mondiaux et auquel j’ai eu la chance d’assister.

Les cicatrices chéloïdes sont caractérisées par une évolution anormale qui les rend plus épaisses, rouge, inflammatoires et peut aller jusqu’à former de véritables excroissances très volumineuses. C’est un réel handicap non seulement esthétique mais fonctionnel car elles peuvent être douloureuses. Leur traitement est très compliqué car la récidive est fréquente.

Les débats pendant le congrès ont permis d’y voir plus clair et de mettre en commun les expériences de chirurgiens du monde entier.

L’origine des chéloïdes

 

Les cicatrices chéloïdes ont une origine génétique évidente puisqu’elles touchent préférentiellement certaines ethnies et les membres d’une même famille mais les gênes en cause sont multiples. Ces gênes pour s’exprimer doivent parfois être combinés entre eux ce qui fait que la maladie peut toucher des personnes à des degrés de gravité différents.

Cela explique notamment l’existence de cicatrices hypertrophiques. Ce sont des cicatrices rouge et épaisses qui finissent par guérir à la différence des chéloïdes qui se développent indéfiniment. Elles ne semblent être qu’une variante des cicatrices chéloïdes alors qu’on pensait auparavant qu’il s’agissait de deux problèmes différents. Elles ont en fait les mêmes caractéristiques mais ne sont qu’une expression différente de certains gênes. La frontière entre les deux est d’ailleurs souvent mince et les reconnaître n’est pas si simple.

 

Autant que l’origine génétique, les facteurs épigénétiques c’est à dire les éléments extérieurs qui influencent l’expression du génome ont un rôle prépondérant. Les éléments communément retenus sont :

  • les facteurs mécaniques : la position de la cicatrice sur le corps et les forces de traction qui s’exercent sur elle,
  • les facteurs hormonaux : l’enfance, la puberté, la grossesse sont des périodes à risque
  • les facteurs inflammatoires locaux comme les infections, la présence de corps étrangers, l’acné, les poils incarnés, les points de vaccination.

 

On doit ainsi distinguer les personnes qui ont des chéloïdes en raison d’une influence très importante de leurs gênes et qui sont très difficilement soignables (sauf si on envisage un jour de la thérapie génique) : c’est ce qu’on pourrait appeler « les chéloïdes maladie » ; et les personnes qui ont eu une ou plusieurs fois une cicatrice anormale parce que les voies génétiques ont été malheureusement activées à ce moment là par un des facteurs extérieurs qu’on vient d’évoquer : c’est ce qu’on pourrait qualifier de chéloïdes « symptomes ».

 

Les traitements actuels

 

La chirurgie est le traitement de choix. Elle doit enlever la totalité de la cicatrice pour ne pas laisser de foyer de mauvaise cicatrice et modifier autant que possible l’orientation de la cicatrice pour repartir de zéro dans de bonnes conditions de cicatrisation.

 

La cryothérapie (application de froid) au cœur même de la cicatrice pour la faire nécroser a des effets positifs sur les chéloïdes en forme de boule.

 

Parfois la chirurgie ne suffit pas. Il faut y associer le plus tôt possible d’autres traitements : ils sont variés.

Les injections de corticoïdes permettent de ralentir le développement quand elles sont répétées et régulières.

La radiothérapie est utilisée par certaines équipes avec une certaine efficacité mais il n’y a pas pour le moment d’étude scientifique qui démontre un véritable bénéfice et c’est un traitement trop agressif pour certains.

Les autres injections comme l’utilisation de produits puissants comme le 5FU ou certains immunomodulateurs n’ont jamais prouvé leur efficacité et sont très controversés.

Les plaques de gel de silicone ont démontré leur efficacité pour deux raisons : leur effet mécanique de compression qui a été contesté mais semble réel et prouvé par des études, et l’isolation de la cicatrice dans un milieu humide qui modifie les échanges avec le milieu extérieur.

 

Les voies de recherche sont nombreuses et de nombreuses expériences ont lieu actuellement notamment par l’étude des cellules fœtales qui ont des capacités de cicatrisation extraordinaire. Le cheval est un modèle animal intéressant car c’est une des seules espèces chez qui on trouve des chéloïdes en dehors de l’Homme.

 

Une maladie chronique

 

La cicatrisation chéloïde ne doit donc plus être considérée comme un événement isolé et un problème esthétique. Les chirurgiens se battent dans chaque pays pour faire prendre en charge leur traitement par les assurances maladies, ce qui n’est pas le cas aux Etats Unis par exemple où on considère le problème comme purement cosmétique.

En France le remboursement est sujet à discussion et n’est pas clairement défini par la sécurité sociale.

C’est une maladie chronique à part entière comme l’hypertension artérielle ou le diabète qui nécessitera des traitements tout au long de la vie.

   

Les interventions en chirurgie esthétique et réparatrice